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samedi 2 novembre 2013

"Metropolis", 1927. - Fritz Lang...


METROPOLIS...



Le Film dans sa version intégrale.



Metropolis, 1927, Fritz Lang, Allemagne, 1h57.Noir et Blanc. Muet.

Durées : 4189 m en version d'origine, 3170 m en version actuelle (1h57)








Autres durées : 1h33 (version allemande video) / 3h30 (version réalisateur à la première) / 2h33 (version originale) / 2h30 (version restaurée du Filmmuseum de Munich) / 1h55 (version restaurée - Allemagne de l'Est)
Production : Universum Film A.G. (UFA) - Erich Pommer.

Scénario : Fritz lang, Thea von Harbou d'après sa nouvelle.

Photographie : Karl Freund et Günther Rittau.

Direction artistique : Otto Hunte, Erich Kettelhut, Karl Vollbrecht.

Décors : Otto Hunte.

Effets spéciaux : Eugen Schuefftan, Ernst Kunstmann.

Musique : Gottfried Huppertz.

Costumes : Aenne Wilkomm.

Sculptures : Walter Schultze-Mittendorf.

Dates de sortie : 10 Janvier 1927 (premiere en Allemagne) , 13 Mars 1927 (USA), 22 Mars 1927 (Finlande).

Interprètes : Brigitte Helm (Maria et le robot), Alfred Abel (John Fredersen), Gustave Froehlich (Freder), Rudolf Klein-Rogge (Rotwang), Fritz Rasp, Theodor Loos, Fritz Alberti...


Fritz Lang

1927.



Depuis mars 2010, la version complète de Metropolis est disponible, les ajouts par rapport à la version de 2001 (près de 25 % du film) sont signalés ici entre parenthèses (voir : l'histoire de la restauration).






I Prélude...



Carton : "Le médiateur entre le cerveau et les mains doit être le cœur". L'aiguille atteint le chiffre dix sur la grande horloge des heures de travail de Metropolis. La relève des équipes. Un troupeau d'ouvriers croise l'autre. Par des immenses ascenseurs, les ouvriers fatigués s'en vont au plus profond de la terre rejoindre la cité ouvrière.




Un complexe de théâtres, bibliothèques et stades, c'est "le club des fils". Dans le fabuleux jardin, Freder le fils de Fredersen n'a qu'à choisir une maîtresse. Un jour, aux portes du jardin éternel, apparaît Maria, entourée d'une troupe d'enfants misérables. Elle leur désigne leurs "frères", ces jeunes oisifs. On la chasse.




En tentant de la rejoindre, Freder découvre la ville du bas et son asservissement. Un ouvrier s'effondre sur une machine et provoque une explosion qui cause des décès et des blessés. Freder, légèrement blessé, a, dans une vision, la révélation que la machine est le monstre Moloch avalant son contingent d'ouvriers.



Bouleversé, il court chez son père et implore sa pitié. C'est Josephat, son homme de confiance, que réprimande Fredersen car il ignorait jusqu'alors l'accident de la salle des machines. Fredersen estime que les ouvriers qui ont fait la cité sont à leur place en bas. Freder lui objecte que les ouvriers pourraient se révolter.

Et Justement, Grot, le premier contremaître, arrive avec deux plans de sabotage. Fredersen, excédé envers Josephat auquel il reproche de n'être décidément au courant de rien, le renvoie. Freder suit Josephat effondré à l'idée de rejoindre la cité ouvrière (et l'invite à habiter chez lui et lui demande son adresse, la maison 7 du bloc 99). Dans le même temps Fredersen engage le fluet pour suivre son fils.

Sur le plateau de Métropolis.



Retournant dans l'usine souterraine, Freder voit un ouvrier s'effondrer sur une machine-horloge et lui propose de prendre sa place. Il lui donne l'adresse de Josephat pour qu'il l'y attende avec ce dernier. Il emprunte ses vêtements et revêt donc le bonnet matricule 11811. Freder découvre alors le calvaire que représente une seule journée de travail. (Le fluet a repéré l'endroit où le chauffeur de Freder s'est garé. L'ouvrier s'y engouffre et donne l'adresse de Freder. Mais découvrant dans les poches de celui-ci une grosse somme d'argent il préfère se rendre à Yoshiwara, quartier des plaisirs et de la nuit.







Fredersen se rend chez Rotwang, un savant à demi-fou qui vit dans une curieuse chaumière au cœur de Metropolis mais oubliée de tous. Rotwang a aimé autrefois Hel qui le quitta pour suivre Fredersen qu'elle épousa et mourut en donnant naissance à leur fils Freder. Rotwang a créé un robot à la ressemblance de Hel. Pour Fredersen, un tel robot, reproduit à des milliers d'exemplaires, pourrait remplacer ses ouvriers. Il questionne Rotwang qui lui déclare que les plans trouvés dans les poches des victimes sont ceux des catacombes. Rotwang y conduit le maître de Metropolis. Là sans être vus, ils assistent à une réunion secrète des ouvriers. Maria harangue la foule des travailleurs et leur raconte la légende de Babel : des milliers d'ouvriers avaient construit Babel en ignorant tout du rêve de ses concepteurs. Maria dit : "Le cœur doit entre le médiateur entre le cerveau et les mains". Freder se trouve parmi les ouvriers. Maria voit en lui le médiateur qu'elle appelle de ses vœux. Elle l'embrasse et lui donne rendez-vous à la cathédrale. Fredersen demande à Rotwang de donner à son robot les traits de Maria. Maria ne peut se rendre au rendez-vous car Rotwang l'a traquée et piégée dans sa maison.

II Intermède...







Freder à la cathédrale voit s'animer les statues des sept péchés et celle de la mort. Il dit à la mort de s'éloigner de lui. Rotwang a enfermé Maria chez lui. Freder part à sa recherche. Ayant entendu ses cris, il pénètre dans la maison de Rotwang et se retrouve bientôt enfermé à son tour. Rotwang procède à la transformation du robot en une créature ressemblant trait pour trait à Maria. Libéré par Rotwang, Freder voit son père tenir dans ses bras le robot qu'il croit être la vraie Maria. Sous le choc, il s'écroule en proie à un vertige et a des hallucinations. La fièvre l'oblige à garder le lit. Dans son délire il voit la mort manier la faux, tandis qu'au cabaret de Yoshiwara, Rotwang présente son robot.

III Furioso...








La fausse Maria danse un hallucinant ballet érotique. Les hommes se battent pour elle. Plus tard, dans les catacombes, elle prêche aux ouvriers la révolte et la destruction "Mort aux machines !". Fredersen veut que les ouvriers se livrent à la violence afin d'avoir un prétexte pour user à son tour de violence contre eux. En réalité le robot n'obéit pas la volonté de Fredersen mais à celle de Rotwang qui a trompé pour se venger le maître de Metropolis. Bientôt le robot n'obéit qu'à ses propres volontés. Les ouvriers refusent de croire Freder quand il leur dit que celle qui les harangue n'est pas la vraie Maria et veulent même le lyncher. Un homme cherche à le protéger et se fait poignarder. Le contremaître Grot prévient les ouvriers que s'ils détruisent la machine centrale, la ville souterraine sera la proie des eaux ; cela ne les arrête pas. La vraie Maria qui a pu s'échapper de la maison de Rotwang s'emploie à secourir les enfants, Freder la retrouve enfin. Avec elle et Grot, il sauvera de nombreuses vies. Fredersen a appris avec désolation que son fils se trouvait dans la ville souterraine. Grot retourne la foule contre la fausse Maria. Ils vont la chercher à Yoshiwara et la brûlent sur un bûcher. Au dernier moment avant que les flemmes ne la consument tout à fait, elle reprend l'apparence d'un robot de métal. Rotwang, de plus en plus fou, confond maintenant Hel et Maria. Il pourchasse cette dernière et l'emporte sur les toits de la cathédrale après s'être battu avec Freder. Rotwang fait une chute mortelle. Fredersen, accablé, s'est agenouillé. Maria, saine et sauve, tombe dans les bras de Freder. Sur le parvis, les ouvriers font face à Fredersen. Maria invite Freder à aller se placer entre Grot et son père : soit le médiateur lui dit-elle. Grot et Fredersen se serrent la main, un nouveau pacte social est né.









 Rotwang a fabriqué son robot féminin non pas dans une intention strictement scientifique mais directement passionnelle et même obsessionnelle. Rotwang préfigure le prince hindou qui veut commémorer son amour perdu par un tombeau dans le tigre du Bengale. Sa relation avec Fredersen contient une forte dose d'agressivité, d'esprit de revanche, de machination et de désespoir qui la relie sur un plan dramatique à toute l'œuvre Lang. Comme dans ses autres films (Furie, J'ai le droit de vivre..), il aborde le social à travers une tragédie individuelle et privée

Restent comme seuls éléments artificiels dans l'intrigue la rédemption de Fredersen, le dénouement socialement utopique et le fait que le conflit Fredersen-Rotwang, demeure, même une fois restitué son caractère passionnel, trop en marge du message social.




Métropolis est un sommet du film expressionniste dont il cumule au moins cinq aspects : la présence de la mort, l'absence de la nature, le thème du double, la folie qui s'empare à un moment ou à un autre de tous les personnages, les relations de fascination quasiment d'hypnose qu'entretiennent entre eux les personnages.

La mort est symbolisée par Hel qui dans les mythologies nordiques, est la déesse de la mort et du monde souterrain. Hel est une morte absente mais qui pèse sur Jo Fredersen, son fils Freder et son ancien amant Rotwang. La vision de Moloch dévorant les hommes ou la statue de la mort dans l'église lors du rendez-vous manqué avec Maria en sont deux autres incarnations.






L'absence de la nature est bien sur manifeste dans le monde d'en bas voué au travail robotisé. Le monde d'en haut est recouvert d'immeubles et le stade puis la caricature de paradis terrestre dans lequel se promène Freder sont aussi oppressant dans leur élitisme et leur artificialité que l'enfer du monde d'en bas.

Le thème du double s'exprime au travers des deux Maria. Celui de la folie qui à moment ou à un autre saisit tous les personnages exprime leur sensibilité qui semble détruire toute chance d'atteindre à une vision raisonnable de l'univers.




La plupart des personnages vivent, vis à vis les uns des autres dans une relation d'emprise hypnotique et de fascination. Rotwang fasciné par Hel, Maria fascinée par Rotwang, Freder fasciné par Maria, la foule des ouvriers fascinée par la fausse Maria.



Autour du film...

 Le réalisateur, Fritz Lang, se rend aux Etats-Unis en 1924, là il est fortement impressionné par l'architecture démesurée des gratte-ciels new-yorkais. L'idée de Metropolis va germer dans son esprit, mais c'est sa femme Thea Von Harbou qui va en écrire le scénario.

Le film nous montre un mégalopole moderne scindée entre les puissants, habitants de la surface, et les ouvriers, surexploités et enchaînés à leur machine jusqu'à leur mort, vivant exclusivement en sous-sol. Véritable chef d'œuvre du cinéma expressionniste allemand de l'avant guerre, le film nous mettait en garde contre le développement irraisonné des techniques futuristes. Il fut pourtant considéré comme un film d'idéologie socialiste car il se terminait avec une réconciliation entre le capital et le prolétariat. De nos jours, cette œuvre est plutôt considérée comme prémonitoire de la société nazie que connaîtra l'Allemagne de Fritz Lang, quelques années plus tard, et de la barbarie qui s'en suivra.





Au delà de la critique du despotisme nazi, dont le film est imprégné, Metropolis interroge le spectateur sur l'avenir de nos villes et de leur expansion tentaculaire, les habitations, les moyens de transport, la promiscuité de société diverses : "le melting-pot" des populations.

C'est ce sujet qui fait encore la grande modernité à la vision de ce chef d'œuvre de Fritz Lang. Dans les années 80, le film Blade Runner, de Ridley Scott, reprendra pour décor cette vision de la mégalopole cosmopolite.



Le réalisateur...

Fritz Lang, réalisateur mondialement célèbre et monument de l'histoire du cinéma, a été un des pionniers de la science-fiction. Il a abordé des thèmes chers au fantastique tel que le savant fou : Rotwang dans Metropolis et Mabuse dans la série de film portant son nom et le thème de l'androïde : Maria dans Metropolis.

Ses sources d'inspiration proviennent, selon lui-même, de la littérature populaire de son enfance où se mêlent personnages mystérieux, crimes non élucidés, laboratoires secrets et monstres énigmatiques...

Fritz Lang fut également un pionnier dans la mise au point d'effets spéciaux.

George Pal, une figure emblématique du cinéma S-F, à qui l'on doit des chefs d'oeuvre comme Le choc des mondes(1951) ou La guerre des mondes(1953), est né en Hongrie où il poursuivit des études comme architecte. Il travailla ensuite comme décorateur à l'UFA (Universum Film Aktiengessellschaft), studio qui produisit Metropolis. De là à prétendre qu'il travailla sur les décors de Metropolis, il n'y a qu'un pas à franchir...





La longueur du film -presque 210 minutes lors de la première !- était exceptionnelle pour l'époque où les films ne dépassaient guère 90 minutes...

Avec neuf mois de tournage complets (du 22 mai 1925 au 30 Octobre 1926), 310 jours et 60 nuits, 36 000 figurants (dont 750 enfants, 1 000 noirs, 25 chinois et 1 000 crânes rasés...), Metropolis fut un des plus gros budgets du cinéma allemand d'avant-guerre. Le budget du film était de 1 300 000 DM. Le film a entièrement été tourné dans des studios à Berlin.

Pour le film, le chef-opérateur Eugen Schuefftan développa un procédé appelé "Effet Schuftan" permettant d'associer dans une même prise de vue, des décors réels et des maquettes.

Hitler et Goebbels assistèrent à une projection du film. A la sortie, ils proposèrent à Fritz Lang de diriger le cinéma allemand. Le jour même, Fritz Lang quitta le sol allemand alors que sa femme Thea Von Harbou, connue pour ses sentiments pro-nazies, devint une des têtes du mouvement hitlérien.

Fritz Lang a souvent déclaré qu'il n'aimait pas Metropolis à cause de sa fin trop simpliste et conventionnelle, une fin qu'il a d'ailleurs toujours renié.

Sources personnelles, SF Story, cinéma de Caen.



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