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lundi 8 juillet 2013

Niagara, 1953.




  Niagara est un film américain réalisé par Henry Hathaway, sorti en 1953.


Distribution :





Marilyn Monroe (VF : Claire Guibert) : Rose Loomis
Joseph Cotten : George Loomis
Jean Peters : Polly Cutler
Casey Adams : Ray Cutler
Denis O’Dea : l’inspecteur Starkey
Richard Allan : Ted Patrick
Don Wilson : Mr Kettering
Lurene Tuttle : Mrs Kettering
Russell Collins : Mr Qua 



Titre original : Niagara
Réalisation : Henry Hathaway
Scénario : Charles Brackett, Richard Breen et Walter Reisch
Production : Charles Brackett
Société de production et de distribution : Twentieth Century Fox
Photographie : Joseph MacDonald
Montage : Barbara McLean
Musique : Sol Kaplan
Direction artistique : Maurice Ransford et Lyle R. Wheeler
Décorateur de plateau : Stuart A. Reiss
Costumes : Dorothy Jeakins et Charles Le Maire
Pays : américain
Langue : Anglais
Genre : Drame, Film noir
Format : Technicolor - Son : Mono (Western Electric Recording)
Durée : 90 minutes
Dates de sortie :  États-Unis : 21 janvier 1953 (première à New York), février 1953 (sortie nationale) ;  France : 11 août 1953.

 Synopsis :








Ray et Polly Cutler arrivent aux chutes du Niagara pour une semaine de vacances. Le logement où ils doivent résider est encore occupé par un couple, George et Rose Loomis. Lors d’une promenade sur le site, Polly voit Rose Loomis dans les bras d’un inconnu.
Le soir même à la résidence, George, dans un accès de mauvaise humeur, casse le disque que Rose est en train d’écouter, se blessant légèrement à la main. Alors qu’il se fait soigner, sa femme en profite pour téléphoner, et demande à son interlocuteur d’agir.
Au matin suivant, Rose annonce la disparition de George au couple Cutler. Tous les trois se rendent à la morgue, car le corps d’un homme a été retrouvé. Rose est prise d’un malaise quand elle reconnaît le corps de son amant, on doit l’envoyer à l’hôpital.
Polly surprend George qui est revenu à la résidence, pour tuer la femme adultère. Elle le retrouve un peu plus tard, et celui-ci lui fait des confidences. L’inspecteur Starkey qui est chargé de l’affaire informe Polly de la fuite de Rose. Cette dernière a finalement été étranglée par son mari qui prend la fuite à bord d’un canot. Il disparaît dans le tumulte des chutes.




C’est l’histoire banale d’un homme trompé qui assassine l’amant de sa femme, avant d’étrangler l’épouse infidèle, puis de se précipiter vers la mort. Le film a deux stars, Marilyn Monroe et les chutes du Niagara, qui se magnifient l’une et l’autre. Hathaway conserva un excellent souvenir de sa collaboration avec l’actrice.



 En 1952, Niagara est le premier grand rôle de Norma Jean Baker, rebaptisée Marilyn Monroe, la petite starlette qui s’acharne dans les studios de la Twentieth Century Fox depuis six ans, convaincue qu’elle deviendra une grande star. Et même si le grincheux Henry Hathaway prétendit le regretter (Marilyn n’était-elle pas insupportablement perfectionniste devant une caméra ?), il fit bien d’embaucher la blonde actrice pour le rôle diabolique de Rose Loomis, la femme adultère et meurtrière. Car d’un banal polar, Niagara se transforma ainsi en un film à la facture quasi hitchcockienne, où la frustration sexuelle est le moteur des actes de chaque individu.


Les chutes du Niagara/Marilyn ...





Lors de la sortie du film, le parallèle entre la force tranquille et fascinante de la cascade et les courbes voluptueuses du corps de l’actrice n’échappa pas au studio, qui en fit son premier argument de vente.



Marilyn Monroe par Jock Carroll, June, 1952.





La Nature et la Femme, jalouses de leur domination sur l’Homme, font feu de tout bois pour imposer leur prééminence. Hathaway filme ainsi avec la même admiration hypnotique le déhanché de Marilyn qui s’éloigne, de ce pas si violemment sensuel qui n’appartient qu’à elle et l’eau qui bascule soudain pour se transformer en un dangereux bouillon. Évidemment, la cascade a un avantage sur la femme : elle est éternelle et peut engloutir des vies humaines sans mettre en péril sa propre existence. Rose Loomis, elle, joue un jeu dangereux qui repose essentiellement sur la fascination presque inconditionnelle qu’elle exerce sur l’homme. Une fois évaporée cette fascination, elle n’est plus qu’un être fragile, à la merci de la force physique la plus basique.

Les photos de tournage.









Quant Hathaway filme Marilyn, fuyant devant une mort certaine, il la fait venir vers la caméra : la célèbre vision du dos et du déhanché de l’actrice disparaît, comme pour mieux symboliser la perte de confiance de la femme en son pouvoir de séduction. Parallèlement, les tenues provocantes de Rose (comme la robe rouge de la chanson Kiss) ont laissé place à des tailleurs plus sobres.




Dès les premières minutes, les plans sur les chutes du Niagara - qui, finalement, n’auraient pu être qu’un décor parmi tant d’autres - sont une évidente (mais non pas moins splendide) métaphore du désir et de la frustration sexuelle. 


Le petit univers humain du film - un motel où les touristes américains viennent passer leur lune de miel - est parcouru de non-dits, de tensions malsaines. Le couple « ordinaire », apparemment heureux, incarné par Jean Peters et le falot Max Showalter, auquel le spectateur est censé s’identifier en tant que témoin du drame, est à peine plus solide que le couple vedette Joseph Cotten/Marilyn.






 La façon dont le mari de Jean Peters présente au douanier son week-end de lune de miel (« j’ai apporté des livres pour m’occuper »), ainsi que sa continuelle préoccupation pour son avenir professionnel (au point d’y sacrifier la santé mentale de sa femme) augurent le pire pour l’avenir du couple. Leur amour n’en semble que plus asexué, platonique. Ainsi, lorsque le jeune époux tente de transformer sa femme réticente en pin-up, l’ombre de Marilyn - celle de la maîtresse en puissance, de l’obscur objet de désir - vient gâcher la photo. Les cirés jaunes et noirs informes que les jeunes touristes doivent revêtir pour visiter les chutes sont un autre symbole de l’absence de sexualité : alors que Jean Peters doit s’éloigner pour que son mari puisse la photographier devant la cascade, Marilyn et son amant anonyme sont on ne peut plus proches, s’étreignant passionnément, aveugles à tout regard extérieur.






La frustration qu’éprouve Joseph Cotten est tout autre, évidemment beaucoup plus violente. Car la sensualité de sa femme Rose/Marilyn n’existe pas seulement dans son regard, mais dans celui de tous les spectateurs. Elle éclate sur l’écran : l’actrice n’est pas qu’une très belle femme, elle sait comment utiliser la caméra pour la rendre amoureuse d’elle. Or, sur la plupart des plans, Cotten est séparé d’une épouse qu’il désire jusqu’à la folie : marié à une femme que tous les hommes lui envient, il ne peut l’atteindre. Filmant Marilyn/Rose nue sous un drap ou derrière une vitre de douche, Henry Hathaway expose sa beauté tout en lui conférant un statut d’icône intouchable. Les seuls moments où Cotten pourra s’approcher de cette déesse n’ont rien du naturel caractéristique d’une relation amoureuse saine : le premier est choisi par Marilyn/Rose, qui cherche à mettre en confiance un mari dont elle sait qu’il n’a plus que quelques heures à vivre. Le deuxième est un viol par procuration : la satisfaction qu’éprouve Cotten en étranglant sa femme, puis en s’allongeant à côté de son corps sans vie, a tout de la sensation orgasmique.



Photos publicité du film.






















Victime de sa beauté et de sa trop grande sensualité dans le monde contraint et puritain de l’Amérique des années 50, Rose Loomis n’est pas une criminelle. Incarnée par une comédienne fine, profondément attachante, qui a parfaitement compris l’ambiguïté du personnage, elle est la proie d’un dédoublement de personnalité, qu’Hathaway suggère par de nombreux gros plans sur son visage. Lorsque Rose entend l’air de Kiss entonné par les cloches de l’église (signe que son amant s’est débarrassé de son mari), le sourire qu’elle réprime à peine est volontairement choquant. Mais quelques minutes auparavant, lorsqu’elle regardait son amant, à son insu, elle n’était plus qu’une femme amoureuse attendrissante. Niagara, premier grand rôle d’une éclatante carrière, est une réponse définitive à tous ceux qui oseraient encore dire que Marilyn n’était pas une très grande actrice.

Marilyn Monroe photographiée pendant le tournage de "Niagara" au Canada par Jock Carroll en Août 1952.










Sources : Documents personnels, Wikipédia , photos personnelles, Vintage et glanées sur le net, YouTube.










1 commentaire:

  1. D'accord avec l'analyse, malgré le talent et la beauté de Marilyn, les chutes sont un des atouts majeurs du film.
    Merci.

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